Par HAUBRUGE, Pascale
Au bout de l'avenue Charles Quint, semblable à un monstre endormi, repose la massive basilique de Koekelberg. Froide géante,elle accueille pour quelques soirs les rêves éveillés d'Alice.
La belle, protégée par ses songes, ne semble pas souffrir du froid. Mais un léger brouillard efface les hautes voûtes; et aucun spectateur ne semble posséder suffisamment d'écharpes, bonnets et lourds manteaux pour s'emmitoufler. C'est qu'il règne, au « pays des merveilles », une température proche du degré zéro.
On s'estimerait content, cependant, si ce « zéro» ne s'appliquait qu'aux conditions météorologiques. Triste spectacle. Nathalie Stass, en longue robe à frous-frous de petite fille sage, y incarne une Alice définitivement cucul-la-praline. Fardée à l'excès, et portant incessamment un gros sourire idiot, elle prête à la pauvre Alice une voix aux insupportables inflexions de gosse gâtée. Et ni nos oreilles ni nos yeux n'ont une seconde de répit, étant donné que la comédienne se pique d'incarner à elle seule tous les personnages du conte de Lewis Carroll.
Le Lapin Blanc, la Reine de Coeur, le Lièvre de Mars, le Chapelier Fou et tous les autres habitants du Pays des Merveilles s'entendent donc parler d'une voix irascible, et se voient se trémousser d'une manière ridicule, empruntant une gestuelle « pour enfants» d'une incroyable mocheté. On en vient même à espérer que Philippe Descamps souligne, de ses hésitants solos de violon, de plus nombreux silences. Au moins, pendant ce temps, Alice se tait. Qu'Éric Lefèvre, le metteur en scène, en soit remercié.
Ballets de faisceaux lumineux, bruitages et effets spéciaux en tous genres... Les techniques connues des désormais classiques sons et lumières ont beau rivaliser de gigantisme, la magie ne prend pas. Et il continue à faire, d'un bout à l'autre du spectacle, incroyablement froid. Est-ce pour cette seule raison que les rangs de la Basilique se font, au fil de la soirée, de plus en plus clairsemés ? Les enfants qui huèrent Alice au lieu de l'applaudir pourraient sans doute vous le dire...
Venant après le diversement apprécié « Don Giovani », monté cet été au Château de La Hulpe, cette deuxième création de l'ASBL Idée Fixe nous porte à espérer que ses concepteurs auront ce genre d'«idée» le moins souvent possible.
« Alice au Pays des Merveilles » à
la Basilique de Koekelberg jusqu'au 10 décembre.